Philia Family Office Étude, édition d'octobre 2026
Philia Family Office · étude interne · octobre 2026

Que pensent les grands gérants, et ont-ils raison ?

Les house views de 7 gérants (Schroders, UBS CIO, Pictet AM, BlackRock, Invesco, Amundi, T. Rowe Price) suivies trimestre par trimestre d'octobre 2024 à octobre 2026, confrontées à ce qu'ont fait les marchés ensuite, puis six fonds diversifiés 60/40 comparés à un 60/40 passif.

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Le consensus aujourd'hui
—
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Ont-ils vu juste ?
— % de convictions justes : pas mieux qu'un pile ou face. Exceptions : l'or (— % justes) et le dollar (— %).
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Les fonds actifs valent-ils leurs frais ?
Fonds 60/40 actifs qui battent le passif : — sur — sur 5 ans, — sur 10 ans. L'écart vient surtout des frais.
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Le consensus aujourd'hui

Le consensus privilégie l'or et les actions, et évite le crédit et le cash

Consensus et vue de chaque gérant, octobre 2026

Barre : consensus du panel (−2 à +2). Points : la vue de chaque gérant. « Vs juillet » compare les mêmes gérants aux deux dates, pour ne pas confondre un changement d'avis avec un gérant absent (UBS n'a pas encore publié d'édition lisible pour octobre ; Schroders = numéro de septembre).

ClasseConsensus et vues des gérantsPositionVs juilletGérants
Commentaire

Le panel reste pro-risque mais sélectif. L'or est la conviction la plus forte (+0,87) malgré son recul depuis le record de janvier (5 595 $, environ 4 200 $ mi-octobre) : les gérants le gardent comme couverture contre un changement de cadre de la Fed sous Kevin Warsh et contre les risques géopolitiques (Pictet), et notent le retour de la demande des investisseurs (Schroders). Les actions sont préférées, d'abord en Europe (+0,50) pour les valorisations et l'amélioration des indicateurs avancés (Schroders, Amundi, UBS qui relève la zone euro en août) ; US et émergents suivent (+0,40), les actions US portées par les bénéfices liés à l'IA.

Le crédit est évité (IG −0,33, HY −0,25) : spreads au plus serré depuis 1998 (82 pb en IG, 315 pb en HY mi-octobre) et forte offre des hyperscalers (219 Md$ d'IG émis en 2026). Les Treasuries restent légèrement positives (+0,20) avec un 10 ans passé au-dessus de 5 %, mais la hausse de la Fed du 16 septembre (3,75–4,00 %) tempère l'intérêt. Le cash est sous-pondéré (−0,40) et le dollar revient à neutre après 18 mois de sous-pondération.

À garder en tête : aucun consensus ne dépasse ±1. Ce sont des inclinaisons, pas des paris forts.

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24 mois en une image

En deux ans, le consensus a changé d'avis sur le dollar, les actions US et les taux

Consensus par classe d'actifs

Moyenne des vues du panel à chaque date (−2 forte sous-pondération … +2 forte surpondération). Survol : dispersion entre gérants, nombre de gérants, rendement du trimestre suivant en USD.

Commentaire

Trois virages structurent la période :

  1. Dollar : de +0,62 en janvier 2025 (« Trump trade ») à −0,33 en avril puis −0,70 en juillet 2025, après « Liberation Day », la perte du Aaa chez Moody's et les pressions sur la Fed ; le DXY a perdu 10,8 % au S1 2025, pire semestre depuis 1973. Retour à 0 en octobre 2026, quand la Fed recommence à monter ses taux.
  2. Actions US : de +1,00 (oct. 2024) à −0,10 (avr. 2025), sur des tarifs jugés stagflationnistes et des valorisations élevées ; puis +0,67 en juillet 2026, avec les bénéfices liés à l'IA et un S&P 500 au-dessus de 7 000.
  3. Treasuries : creux à −0,90 en janvier 2026 (coût de la dette et prime de terme pour BlackRock, risque de reprise de l'inflation pour Pictet), puis +0,40 en juillet 2026, quand des taux réels plus élevés en font une couverture contre un ralentissement.

Deux tendances de fond : l'or, surpondéré à toutes les dates (creux à +0,17 en juillet 2026 après −14 % au T2), et le crédit IG, passé d'un portage recherché (+0,50 en 2025) à une sous-pondération depuis janvier 2026, spreads au plus serré depuis 1998. La plupart de ces virages suivent le marché au lieu de le précéder : c'est l'objet du chapitre 4.

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Zoom par classe d'actifs

Les vues ont souvent suivi le marché plutôt que de l'anticiper

Évolution des vues par gérant

En haut, les vues : ligne épaisse = consensus, lignes fines = chaque gérant. En bas, ce qu'a fait la classe ensuite (trait plein) face à sa référence (pointillé, celle utilisée pour le verdict). Survol : vues à une date et performance des 3 mois suivants.

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Ont-ils vu juste ?

Les convictions ne font pas mieux que le hasard, sauf sur l'or

Chaque surpondération ou sous-pondération du panel est jugée sur les 3 mois suivant sa publication, en USD, contre sa catégorie : une région actions contre la moyenne des 4 régions, Treasuries contre souverains euro, IG contre HY, or et dollar contre le cash, cash contre les 10 autres classes. Les vues neutres ne comptent pas.

Convictions justes
— %
— sur —, jugées 3 mois après
Mieux que le hasard ?
—
un pile ou face ferait 50 %
Meilleure conviction : l'or
— % justes
surpondéré presque en continu
Pire conviction : le dollar
— % justes
vu en baisse, il a tenu

Qui a vu juste, quand ?

Chaque case = la vue publiée à cette date. ▲ surpondérer, ▼ sous-pondérer, = neutre. Vert : la classe a ensuite fait mieux que sa catégorie (juste). Rouge : moins bien (faux). Gris : neutre ou trimestre pas encore écoulé. Survol pour le détail.

Commentaire

Sur 228 convictions jugées, 116 se sont révélées justes (51 %) : le score d'un pile ou face (intervalle de confiance à 95 % : 44 à 57 %). Deux classes sortent nettement du hasard, en sens opposé : l'or, juste 20 fois sur 26 (+6,6 pts en moyenne sur 3 mois contre le cash), et le dollar, juste 2 fois sur 21, sous-pondéré pendant son rebond de 2025-2026.

Par gérant, les écarts (de 37 % pour Invesco à 67 % pour BlackRock) ne sont pas significatifs : 15 à 56 convictions chacun, trop peu pour distinguer le talent de la chance. Le consensus pris comme un seul gérant (vue retenue au-delà de ±0,25) fait un peu mieux, 30 sur 48 (63 %), sans être significatif non plus (p = 0,11).

Conclusion : les house views décrivent bien le sentiment des gérants, mais ne constituent pas un signal d'allocation tactique à 3 mois.

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Les fonds

Aucun fonds 60/40 actif ne bat le passif sur 5 ans, un seul sur 10 ans

Six fonds diversifiés de type 60/40 en USD, dont deux indiciels (iShares AOR, Vanguard LifeStrategy) et quatre gérés activement. Référence commune : iShares AOR, le 60/40 mondial passif (0,15 % de frais) — ce qu'aurait obtenu un client sans gérant. Performances au 30/09/2026, à la valeur liquidative, dividendes réinvestis, nettes des frais de gestion.

Performance des six fonds au 30/09/2026

« Vs AOR » : écart de performance annualisée sur 5 ans. « Avant frais » : écart si le fonds avait les frais d'AOR (approximation : écart + frais du fonds − frais d'AOR). « Vs son benchmark » : écart avec l'indice officiel du fonds, vide quand il n'est pas publié au 30/09/2026.

FondsType5 ans /an5 ans cumuléVs AOR /anFrais netsVs AOR avant fraisVs son benchmark10 ans /an

Pourquoi les fonds font moins bien qu'AOR

Écart annuel moyen avec AOR sur 5 ans, en deux morceaux : la gestion (allocation et choix des titres, avant frais) + les frais payés en plus d'AOR = l'écart final.

FondsGestion+ Effet des frais vs AOR= Écart final

Année par année, écart avec AOR

Points de % de performance par rapport à AOR, année civile. Vert : mieux qu'AOR. Rouge : moins bien. En 2022, aucun fonds n'a évité la baisse (−14 % à −16 %).

Commentaire

Sur 5 ans, AOR fait 6,92 % par an ; les quatre fonds actifs font de 5,80 % (American Funds) à 6,84 % (Fidelity). Avant frais, trois des quatre font jeu égal ou légèrement mieux qu'AOR (+0,03 à +0,40 pt par an) : la gestion n'a pas détruit de valeur, mais n'en a pas créé assez pour payer 0,63 % à 1,02 % de frais, contre 0,15 % pour AOR. Seul American Funds sous-performe aussi avant frais (−0,47 pt). L'écart de Vanguard (−0,31 pt) vient de sa composition, pas de ses frais (0,10 %).

Sur 10 ans, Fidelity bat AOR de 0,65 pt par an (8,61 % contre 7,96 %), avec les frais les plus bas des fonds actifs ; les trois autres restent derrière. En 2022, aucun fonds n'a évité la baisse : tous perdent entre 14 % et 16 %, contre −15,3 % pour AOR.

Sur un 60/40, le niveau de frais explique donc l'essentiel de l'écart entre fonds.

Limites : les fonds ne sont pas des 60/40 purs (Vanguard plus investi aux États-Unis, T. Rowe Price avec 13,5 % d'alternatifs, BlackRock flexible) ; American Funds (part A) peut prélever jusqu'à 5,75 % à l'entrée, non inclus ici ; pire baisse et volatilité 5 ans non publiées pour la plupart des fonds. Sources : fact sheets et prospectus des gérants (Vanguard, BlackRock/iShares, Fidelity, T. Rowe Price, Capital Group).

6
À retenir

Ce qu'il faut retenir

  1. En deux ans, le consensus a changé d'avis sur les grands sujets, sauf l'or. Il est passé du dollar fort à la défiance puis à la neutralité, a coupé puis réaugmenté les actions US, a fui puis retrouvé les Treasuries, et a abandonné le crédit IG. L'or est resté surpondéré à chaque date. Aujourd'hui, il privilégie l'or et les actions, Europe en tête, et évite le crédit et le cash.
  2. Le consensus est une bonne carte du sentiment, pas un signal d'investissement. Ses convictions ne se sont avérées justes que dans — % des cas.
  3. Il réagit plus qu'il n'anticipe. Le dollar a été dégradé après sa baisse de 2025, puis est resté sous-pondéré pendant son rebond : — % de vues justes.
  4. La seule conviction gagnante est structurelle : l'or, surpondéré presque en continu, juste dans — % des cas.
  5. Côté fonds, les frais font la différence : les fonds 60/40 actifs qui battent le passif sont — sur — sur 5 ans et — sur 10 ans (Fidelity, le moins cher des actifs), alors que la plupart font jeu égal avant frais.